Matérialiser les big datas pour créer les objets du futur

Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
LinkedIn
Share on facebook
Facebook
Share on email
Email
Share on print
Print

Exploiter les big datas pour créer des objets de grande complexité, c’est l’ambition de Gravity.Swiss, avec un premier produit mis sur le marché: des cartes 3D d’une précision de quelques microns.

 

Traiter les mégadonnées pour fabriquer un objet fait de centaines de millions de points, c’est le défi réalisé par cette PME neuchâteloise. Lancée en 2016, la société s’est spécialisée, pour l’instant, dans la haute cartographie. Son fondateur, Eric Marguet, enseigne à 50% à la HE-Arc Ingénierie en Microtechnique et Design industriel. Ces dernières années, cet ingénieur a mis au point une technique pour matérialiser les big datas topographiques. Il a choisi un premier champ d’application: des cartes 3D de haute qualité. En utilisant les outils de la manufacture horlogère, Gravity.Swiss utilise les données mondiales pour créer des cartes uniques gravées dans des essences de bois nobles ou alors pour creuser des moules en polymères.

Objets de décoration intérieure haut de gamme, à une précision de quelques microns, les cartes ainsi réalisées sont tout simplement fascinantes à regarder et l’effet est saisissant. Mais l’innovation est ailleurs, et plus grande qu’il n’y paraît à première vue.

 

Un produit ambassadeur pour se faire connaître
Aujourd’hui, les instruments optiques permettent d’acquérir des milliards de points de données. Mais ces objets ne sont pas visualisables. Gravity.Swiss a trouvé un moyen de restituer leur complexité sans passer par un écran d’ordinateur, limité à 1-2 millions de points affichés. Pour ce faire, une série d’algorithmes permet de traiter et de transmettre les millions de données par petits paquets via streaming directement à la machine, un automate de haute précision. De cette manière, les données sont exploitables. Ce qui apparaît ensuite, aucun ordinateur n’est capable de l’afficher dans sa globalité.

«Aujourd’hui, si l’on fait un scan de haute résolution, on peut afficher un point tous les 1’000 ou 2’000 points. En fabriquant l’objet avec cette technique, là où les meilleurs logiciels affichent un point, nous obtenons une définition 1’000 fois supérieure. Cela permet de créer des choses inédites», détaille Eric Marguet.

La carte avec la plus grande résolution réalisée pour l’instant: celle du canton de Neuchâtel, 1’000km2, soit 1 milliard de coordonnées à 1m, gravées sur une carte de 70x35cm, à une précision de 15 microns.


Au-delà de cette première activité, ce qui passionne l’ingénieur, c’est la possibilité d’exploiter et de traduire la complexité des big datas: «Notre but à long terme, c’est de montrer que nous sommes capables de créer des objets très complexes. Ce savoir-faire est transposable à d’autres domaines industriels, mais pour cela, il faut faire connaître la technologie.»

La chaîne de valeur de Gravity.Swiss

De la cartographie à l’intelligence artificielle intuitive
Ce que conçoit l’ingénierie classique, par exemple un châssis de machine, est réalisé à partir d’une géométrie assez simple, faite de droites et de courbes de Bézier. Les objets sont réalisés grâce à des
logiciels CAO/FAO et l’ordinateur effectue ce que l’humain imagine. La prochaine étape sera de fabriquer des objets élaborés entièrement par les ordinateurs. Aujourd’hui, de grandes sociétés planchent sur la conception prédictive. En alliant intelligence artificielle intuitive et design génératif, les ordinateurs travaillent à partir des paramètres et contraintes physiques formulés par l’humain. Par itération, et grâce à leur puissance de calcul, les machines peuvent évaluer des milliers de possibilités de design. Les premiers résultats sont étonnants. Les formes obtenues sont beaucoup plus organiques. On se rapproche d’éléments naturels, capables de combiner de multiples propriétés, mais intégrant une très grande complexité interne.

«Les ordinateurs vont tendre vers des choses que les humains ne sont pas capables d’imaginer. Nos cartes, définies par des milliards de données, sont un premier pas dans cette direction, confie Eric Marguet. A terme, nous désirons nous positionner dans ce nouveau marché en proposant notre technologie pour fabriquer les objets du futur. C’est le but ultime de l’entreprise, mais le marché n’est pas encore mûr pour pouvoir vivre de cela. Pour l’instant, nous nous concentrons sur notre premier produit, la haute cartographie, avec la volonté de toucher des clients dans le monde entier. Nous travaillons également sur une nouvelle vision pour la décoration horlogère, où chaque micron est géré individuellement à l’aide de big datas.»

Pour en savoir plus… www.gravity.swiss

 

L’avis de l’entrepreneur

Eric Marguet se dit satisfait de ces quelques mois de collaboration: «Philippe Gaemperle pose bien les jalons pour progresser avec méthode et sans précipitation. C’est bien de développer, mais ensuite il faut vendre. Il m’a aidé à prendre conscience de ce qu’il restait à faire pour atteindre la rentabilité. Actuellement, plusieurs machines ont été validées et tournent en continu, et nous cherchons à développer le réseau d’affaires. Nous proposons de la décoration réalisée avec de la haute technologie et donc, cela a un certain prix. Pour nous aider, Philippe organise des séances avec des spécialistes en marketing. Il démarche également des partenaires pour intégrer notre technologie dans un projet européen. Surtout, il nous permet de nous faire connaître.»

L’apport de platinn

Coach platinn Affaires et Coopération, Philippe Gaemperle a suivi l’entreprise neuchâteloise durant 7 mois en 2019. Il explique: «Ce que j’admire chez Eric Marguet, c’est son engagement, sa passion. Il enseigne à 50% et à côté de ça, il s’est investi corps et âme pour son projet. Depuis le début du coaching, beaucoup de chemin a été parcouru. J’ai aidé Eric à structurer son business plan pour jeter les bases d’une démarche commerciale. L’enjeu, c’est aussi de faire évoluer la communication et le marketing en développant la stratégie digitale.»
Également coach à Microcity, le pôle d’innovation Neuchâtel, il souligne la complémentarité du réseau de soutien aux entreprises constitué dans le canton: «Microcity propose un programme d’aide pour les start-up et un autre pour les PME. Gravity.Swiss va d’ailleurs en bénéficier. Mais il leur manque encore 600 à 800’000 francs de financement qu’il faudra les aider à trouver. Pour cela, le coaching Finance proposé par platinn sera très utile.»

Découvrir davantage de cas