photo d'une loupe utilisée pour illustrer la veille stratégique effectuée par platinn et les antennes cantonales pour anticiper les défis futurs des entreprises
photo d'une loupe utilisée pour illustrer la veille stratégique effectuée par platinn et les antennes cantonales pour anticiper les défis futurs des entreprises

Entre incertitudes et transformations : quels défis pour les entreprises romandes?

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Au plus près des réalités locales, les antennes cantonales jouent un rôle clé dans l’observation des mutations en cours. Leurs retours nous permettent d’esquisser les dynamiques et enjeux du tissu économique romand. Décryptage des enseignements de l’année écoulée et des perspectives à venir avec Patrick Albert, directeur de platinn.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’économie romande en 2025 ?

Patrick Albert, directeur de platinn, partage son analyse des enjeux futurs pour l'économie romande

L’année 2025 s’inscrit clairement dans la continuité de 2024, mais avec une intensification des déséquilibres. Nous ne sommes plus simplement dans une économie à deux vitesses: nous faisons désormais face à une véritable croissance « en K », avec une divergence marquée entre les secteurs.

D’un côté, les activités liées au marché intérieur maintiennent une dynamique positive, portées par une demande relativement stable. De l’autre, l’industrie manufacturière et la sous-traitance (notamment MEM et horlogerie) ont été fortement impactées par le ralentissement de la demande mondiale et par un contexte géopolitique incertain.

L’année a également été marquée par des chocs exogènes importants, notamment le retour de mesures protectionnistes qui ont directement affecté la compétitivité des entreprises suisses à l’international. Cela a créé une pression accrue sur les marges et complexifié les prises de décision.

Dans ce contexte, nous avons observé une tendance de fond : une forme de prudence, voire d’attentisme. De nombreuses entreprises ont adopté des stratégies défensives, en reportant leurs investissements stratégiques. Si cette posture peut sembler rationnelle à court terme, elle fait peser un risque réel sur leur capacité à se transformer et à rester compétitives.

Le marché du travail se dégrade. Après le rebond post-pandémie, 2025 marque un ralentissement progressif, avec une légère remontée du chômage. Mais derrière cette moyenne se cachent des réalités très contrastées selon les régions et les secteurs. Dans certaines zones industrielles, comme l’arc jurassien, le recours aux réductions d’horaire de travail a fortement augmenté. Et paradoxalement, malgré ce ralentissement, les difficultés de recrutement persistent dans les métiers technologiques. Beaucoup d’entreprises ont ainsi fait le choix de conserver leurs talents, quitte à réduire temporairement l’activité, par crainte de ne pas pouvoir recruter lors de la reprise.

La baisse des coûts de l’énergie, après deux années de volatilité extrême, a offert un répit bienvenu à de nombreuses entreprises. Mais elle a aussi eu un effet paradoxal : certaines ont ralenti leurs efforts en matière d’efficacité énergétique ou de transition durable, au profit de la gestion à court terme. À l’inverse, pour les industries fortement consommatrices d’énergie, cette détente a été déterminante pour maintenir leur compétitivité.

Autre élément marquant : l’augmentation des faillites. Il est important de souligner qu’elle ne reflète pas uniquement une dégradation conjoncturelle, mais aussi un durcissement du cadre réglementaire. L’entrée en vigueur de nouvelles normes, combinée à la fin des soutiens liés au Covid, a entraîné une forme de « nettoyage » du tissu économique. Si cela contribue à assainir le marché, cela renforce aussi la pression sur les entreprises restantes.

Enfin, au-delà des indicateurs économiques, un facteur plus humain s’impose : l’usure des dirigeantes et dirigeants. Après plusieurs années de crises successives, une fatigue décisionnelle s’installe. Elle se traduit par une difficulté accrue à se projeter, à prioriser et à mobiliser les équipes dans un contexte d’incertitude permanente. C’est un élément clé, car il influence directement la capacité des entreprises à innover et à se transformer.

Quels signaux faibles ont été observés sur le terrain et quels impacts pourraient-ils avoir sur les entreprises dans le futur ?

Au-delà des indicateurs économiques classiques, notre veille met en lumière des signaux parfois diffus, mais potentiellement structurants pour les années à venir.

Le premier concerne précisément cette fatigue des dirigeant·e·s. Ce phénomène est encore sous-estimé, mais il a des conséquences très concrètes : repli sur des logiques de court terme, ralentissement des projets d’innovation, voire perte d’attractivité dans les phases de transmission d’entreprise. Dans un tissu économique composé majoritairement de PME, cet enjeu est critique.

Un deuxième signal fort est lié à l’évolution de l’intelligence artificielle. Nous sommes en train de basculer d’une phase d’exploration à une phase d’industrialisation. L’IA devient un véritable levier de productivité, mais à condition d’être intégrée de manière structurée. Aujourd’hui, nous observons encore beaucoup d’usages informels, non encadrés, le « Shadow AI ». Cela révèle à la fois un potentiel énorme et un manque de maturité organisationnelle, notamment en matière de gouvernance des données.

Troisième évolution majeure : la transformation de la durabilité en exigence opérationnelle. Ce n’est plus un sujet d’image ou de positionnement, mais une condition d’accès au marché. Les grandes entreprises exigent désormais des données précises, traçables et certifiées, notamment sur les émissions indirectes (Scope 3). Cela impose aux PME de se doter de nouveaux outils et de nouvelles compétences.

Nous constatons également une montée en puissance de la complexité réglementaire. Entre les exigences en matière de cybersécurité, de protection des données ou de reporting, les entreprises consacrent une part croissante de leurs ressources à la conformité. Pour certaines, cela devient un véritable frein à l’agilité et à l’innovation.

Enfin, un signal plus systémique émerge : la fragilisation de l’écosystème de soutien lui-même. Dans un contexte de contraintes budgétaires, les logiques de collaboration peuvent laisser place à des dynamiques plus concurrentielles entre acteurs. Ce « jeu de coudes » risque de nuire à la lisibilité et à l’efficacité de l’accompagnement proposé aux entreprises.

Face à ces évolutions, comment platinn adapte-t-elle son soutien aux entreprises en Suisse occidentale ?

Face à cette complexité croissante, notre approche évolue. Nous sommes convaincus que l’enjeu n’est plus de multiplier les interventions, mais de gagner en précision et en pertinence.

Notre première priorité est de recentrer le coaching sur la résilience et la clarté stratégique. Dans un environnement saturé d’informations, qu’elles soient technologiques, réglementaires ou médiatiques, les entreprises ont besoin d’aide pour se recentrer sur leurs fondamentaux : la gestion des marges et la consolidation des compétences. Le ou la coach devient un partenaire de discernement stratégique.

Deuxième axe majeur : accompagner l’industrialisation de l’intelligence artificielle. Nous intervenons pour aider les entreprises à structurer leur patrimoine de données, à définir des cas d’usage concrets et à éviter les investissements dispersés. L’objectif est simple : générer des gains de productivité tangibles, notamment sur les tâches administratives et opérationnelles, tout en sécurisant les pratiques.

Nous adaptons également nos modes d’intervention à la réalité de la croissance en K. Les entreprises industrielles sous pression nécessitent un accompagnement orienté vers la transformation : innovation de processus, diversification des modèles d’affaires, notamment via la servitisation. À l’inverse, les entreprises en croissance doivent être soutenues dans leur structuration, leur recrutement et leur développement à l’international.

Un autre axe clé consiste à transformer les contraintes réglementaires en opportunités. Plutôt que de subir la conformité, nous aidons les entreprises à en faire un levier de différenciation. Une PME capable de démontrer de manière fiable sa performance en matière de durabilité ou de gestion des données renforce sa crédibilité et sa position dans les chaînes de valeur.

Enfin, nous affirmons notre rôle dans l’écosystème. Dans un contexte de pression sur les budgets publics, il est essentiel de démontrer l’impact concret de notre action : préservation de l’emploi, maintien des compétences, soutien à la compétitivité régionale. Nous devons nous positionner comme un partenaire de confiance, capable d’apporter des réponses rapides, concrètes et adaptées aux réalités du terrain.

Plus que jamais, notre mission est d’aider les entreprises à transformer l’incertitude en capacité d’action.

 

> Votre entreprise fait face à des défis, vous ressentez le besoin d’innover ? L’antenne de votre canton saura vous aiguiller vers le soutien adapté.

 

 

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