Henri Schaller SA: entre tradition et innovation

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Comment se réinventer et garder les acquis tout en réformant une affaire familiale? C’est le défi délicat entrepris par Yannick Schaller, 3ème du nom.

Henri Schaller SA est une entreprise familiale, active principalement dans la sous-traitance pour l’horlogerie. Ses activités se répartissent entre quatre départements: la mécanique, l’injection plastique, l’étampage et enfin le décolletage et l’usinage CNC.
L’histoire de l’entreprise est intimement liée aux conjonctures du secteur horloger qui représente 60 à 70% du chiffre d’affaires. L’entreprise fabrique par exemple des cercles d’emboîtage, des joints d’étanchéité, des éléments d’habillage, des fonds de cadrans et des fermoirs pour bracelets. Pour le reste, l’usine de Bassecourt produit des composants pour l’appareillage chirurgical médical et dentaire.

Des pièces horlogères fabriquées par injection plastique.

Aujourd’hui sous la houlette de Yannick Schaller, 34 ans, l’entreprise fondée en 1955 par son grand-père doit évoluer. Comment l’amener dans le monde numérique tout en conservant la fibre d’entreprise familiale qui a toujours fait la fierté de la maison?

Reprendre une entreprise familiale, un long cheminement
Henri Schaller a débuté l’affaire seul avec un atelier mécanique. Sa réputation de bricoleur lui assure de la clientèle. De fil en aiguille, il réalise que l’étampage et l’injection plastique n’ont rien de sorcier et s’achète sa première machine. Presque un demi-siècle et une génération passent: En 1995, l’entreprise est aux mains d’Yves Schaller et 50 personnes y travaillent.
Quant à Yannick Schaller, l’usine était son terrain de jeu. Il suit les traces de son père et obtient un CFC de mécanicien faiseur d’étampe, puis se forme à la construction de moules d’injection plastique. Au fil du temps, l’idée de reprendre l’entreprise se fait tout naturellement. Il s’y prépare en suivant la filière ingénieur de gestion de la HEID-VD d’Yverdon-les-Bains.
Après ces formations, il exerce tout d’abord son métier de mécanicien dans l’entreprise. En 2014, il fait un détour en faisant le tour du monde, puis dès 2015, il prépare la transition en tant que directeur adjoint avec son père. Il reprend finalement les rênes début 2020. Autant dire qu’il y a des débuts plus simples que l’année du covid-19 comme baptême du feu.
Le jeune patron a des projets plein la tête, mais il est conscient d’arriver après deux générations: “Je ne veux pas tout chambouler, il y a une base solide qui a été faite par mon grand-père, puis consolidée par mon père. Nos clients nous connaissent pour ce que nous sommes aujourd’hui, mais une nouvelle génération est là aussi pour amener sa pierre à l’édifice. Dans ce sens, j’aimerais rajeunir l’entreprise dans sa manière d’être mais sans toucher à son ADN.”

L’atelier où Henri Schaller a débuté son activité en 1955.

La digitalisation, le tournant à ne pas manquer
Durant ces dernières années, l’entreprise était restée sur ses acquis. Dès 2019, Yannick et son père Yves décident d’insuffler une dynamique d’innovation sur deux domaines en particulier.
Le premier concerne la mise en place d’un ERP. Jusque-là, l’entreprise fonctionnait avec le logiciel Excel et des tableurs. Il fallait trouver une manière uniforme de gérer les quatre départements tout en garantissant leur autonomie de fonctionnement. “Nous avons eu un coaching platinn avec Nicolas Roth qui nous a aidé à identifier le bon ERP car c’est une vraie jungle au niveau des possibilités existantes. La digitalisation est un tournant à ne pas louper”, explique Yannick Schaller.
Le deuxième obstacle était financier. L’entreprise familiale n’avait pas forcément le budget pour certaines solutions du marché, la mise en place d’un ERP se situant entre 50 et 100’000 francs. La solution trouvée finalement résulte d’un cahier des charges pointu mis en place avec Nicolas Roth et d’un compromis budgétaire. Désormais, le chantier consistera à déployer le nouveau système de gestion.

Des fonds pour montres réalisés par Henri Schaller SA.

Moderniser pour pérenniser et rester innovant
Un autre grand volet d’innovation tient en une question: Comment se diversifier pour ne plus subir les crises horlogères? “C’est un enjeu important pour nous, d’autant plus avec cette crise du covid. Le but était donc de trouver d’autres débouchés”, explique Yannick Schaller.
Avec le coach Fabien Käser, ils ont commencé à la fin 2019 à plancher là-dessus. Plusieurs pistes étaient à l’étude, dont notamment l’aviation et les nouvelles énergies. L’arrivée du covid-19 a stoppé net la réflexion, car les secteurs prospectés sont tombés à l’arrêt. Aujourd’hui, c’est le médical dentaire qui semble le plus intéressant.
Pour se diversifier, l’entreprise va aussi développer son savoir-faire technique. Un nouveau collaborateur spécialisé dans le moulage par injection de poudre de métal (MIM) a été engagé. Cette technique permet de toucher de nouveaux marchés comme la maroquinerie dans laquelle le potentiel est grand.
L’important projet de construire une nouvelle usine pour renouveler l’outil de production a dû être remis à plus tard. Le terrain était acheté et les plans quasi prêts. Un mal nécessaire qui pourrait finalement être utile: l’implémentation de l’ERP va permettre des optimisations dont le projet de nouvelle usine pourra sans doute bénéficier.
“Nous allons profiter de l’ERP pour repenser toute la structure, tester et moderniser nos processus. Cela va aussi nous permettre de réorganiser nos départements en adoptant des approches modernes comme le lean management ou la méthode 5S“, détaille Yannick Schaller. Cela devrait l’occuper jusqu’à l’horizon 2023.

Pour en savoir plus… www.schallersa.ch

par Arnaud Gariépy

L’avis de l’entrepreneur
“C’était un peu nouveau pour nous le coaching. Jusqu’ici, nous avions toujours essayé de trouver des solutions à l’interne. Le fait de pouvoir bénéficier d’un regard externe par des spécialistes nous a ouvert les yeux sur de nombreuses problématiques. Nous avons eu une excellente relation avec les deux coachs.
Nicolas Roth a sa propre entreprise et une grande connaissance des ERP. C’était génial de pouvoir bénéficier de son expérience. Par le passé, il a aussi travaillé dans le domaine horloger pour un de nos gros clients. Notre univers lui était donc familier et il a pu facilement cerner nos besoins d’optimisation. Il a vraiment su nous guider et nous aider à identifier ce qu’il nous fallait. Mettre en place un ERP, ce n’est pas juste installer un nouveau logiciel. Cela impliquait vraiment de repenser toute la structure de l’entreprise.
Quant à Fabien Käser, il connait bien les medtechs. Il a un grand réseau et peut ouvrir beaucoup de portes. C’est quelqu’un de très efficace, tout le temps à jour sur ce qui se passe par rapport à l’actualité technologique. Il participe à de nombreux clusters à titre privé et cela nous aide beaucoup dans notre réflexion globale pour nous diversifier.”

L’apport de platinn
Nicolas Roth, coach Organisation, revient sur le travail mené jusqu’ici: “Durant l’année passée, nous avons fait une première analyse des processus de l’entreprise pour trouver le bon ERP pour Henri Schaller SA. Après un premier tour d’horizon du marché, nous avons dû refaire des analyses afin de respecter un certain cadre budgétaire. Maintenant que la solution a été achetée, le gros défi commence. Au niveau technique, il va falloir mettre en place les bases de données d’articles, de clients, des ressources, etc. L’objectif est de mettre en place la gestion commerciale d’ici cet été et de commencer ensuite avec la gestion de la production d’ici 2022.
Lors de tout le processus, il y a eu une très bonne écoute de Yannick Schaller et d’Anthony Queloz, son chef de projet. On sent la volonté d’avancer. Il faut vraiment prendre du temps pour analyser avant de changer. Toutes les entreprises qui veulent se réformer en profondeur doivent passer par là, c’est une évidence.
Quand on veut se remettre en question, le défi est de sortir les personnes de leur zone de confort et de leurs habitudes et de les impliquer dans le processus. Il faut mettre en route le changement dans l’entreprise. Ce sera une grande partie du coaching à venir chez Henri Schaller SA. C’est une première étape avant, espérons-le, de construire un nouvel outil de production à moyen terme.”

 

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